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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 19:00

Afin d'inaugurer cette nouvelle rubrique qui se penchera, de façon générale, sur la musique dans le cinéma, parlons d'un monument méconnu du cinéma de genre italien.

Ambiance cyberpunk sublimée, futur ultra cosmopolite et embrouilles informatiques métaphoriques constituent ce chef d'oeuvre qu'est Nirvana, film de Gabriele Salvatores. À mes yeux, le meilleur film d'anticipation cyberpunk jamais réalisé.

 

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Autant prévenir le spectateur, ici pas de courses poursuites ou de gunfights épileptiques, le cyberpunk est le personnage du film, les thématiques seront donc axées sur la perte de repères, la confusion de l'identité, le tout dans une nonchalance dépressive cotoneuse et enivrante, et pour le coup, vraiment appropriée.

 

Nirvana est un film d'ambiance, un film contemplatif avec une réelle atmosphère. J'ai vu ce film de nombreuses fois, et à chaque fois, le mariage de la bande son et des images devenait de plus en plus notable, délicat et judicieux, participant de plus en plus directement à la narration.

 

La B.O. est une soundtrack comprenant des pistes de plusieurs artistes, dont les dieux de l'ambient Eraldo Bernocchi et Bill Laswell, des sonorités hispaniques avec Cesaria Evora, des tracks plus électroniques et un score hallucinant de Mauro Pagani, qui retranscrit incroyablement bien les différentes facettes cosmopolites de la ville. En passant dans un quartier arabe crasseux, pour déboucher sur un suburb hindou étouffant ou dans des rues futuristiques semblable à Blade Runner, le score est toujours dans le ton, tout en gardant son identité propre : la douceur, le flottement et la rêverie.

L'introduction annonce la couleur et le film s'ouvre sur des plans de hacking, le tout sublimé par des drums auquels viennent se greffer des sonorités hispanico-orientales.


 

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Mécompris par beacoup, le film est un Blade Runner mystique. Une quète initiatique dont les plans futuristiques sont toujours soutenus par une musique décalée et chaleureuse, qui mixe habilement sonorités electroniques et instruments traditionaux de diverses cultures. Ajoutons à cela la neige omniprésente et des pères noëls dans les rues avec des masques à gaz, l'appartement vide et high tech de Christophe Lambert. Le contraste n'en est que plus sublime. Notons également dès le début du film l'usage de la drogue, certes toujours présent dans les univers cyberpunks, mais néanmoins annonciatrice d'un film axé sur l'introspection, donc avec une touch' de musique extra diégétique lourde de sens.

 

 

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Après une scène d'exposition épurée et sobrement classy, c'est le dépat vers l'inconnu. Gabriele Salvatores promène sa caméra dans la rue où habite Jimi, le personnage principal. WTF ! de la vieille folk de clochard ! Oui... mais étrangement, dans cette scène, la folk n'a jamais été si agréable, contraste oblige.


 

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Dans sa progression, Jimi traversera des environements multiculturels, des ambiance sonores enivrantes, incroyablement dans le ton, car toujours mixées avec des nappes electroniques.
J'en veux pour preuve cette incroyable track, Nirvana, qui commence par des sitars et des incantations hindoues pour basculer vers du bon gros breakbeat bien lourd soupoudré de notes de piano exquises et d'envolées de saxophone jazzy, le tout rapelle presque les albums completement fous de Badmarsh & Shri, en plus fin. Un morceau vraiment incroyable qui résume si bien le film. Si vous n'écoutez qu'une piste dans cet article, écoutez celle-la.

 

 

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Pendant son périple, Jimi va rencontrer un sidekick touchant et un peu filou surnommé Joystick, qui le guidera dans sa quète initiatique, comprendre par la, lui apprendre les rouages du hacking, afin de pouvoir effacer un personnage de jeu vidéo que Jimi a créé, et qui, à cause d'un bug, prend conscience de son état de personnage. Il ne supporte plus de recommencer les mêmes niveaux, rencontrer les mêmes PNJ et subir les nombreux game over. Le scénario mixe habilement clin d'oeils informatiques et états psychologiques. On pourrait y trouver des ressemblances avec Matrix ou l'excellentissime Dark City.

 

Pendant un moment touchant, Jimi et Solo, le personnage du jeu, parlementent, s'énèrvent et se réconcilient. En quelques minutes et grâce à une mélodie très simple et aux tonalités très chaudes, une amitié et un respect mutuel nait entre les deux personnages. Un moment clé du film et un type de score jamais vu pour un film de science-fiction.

 

 

Peu après ce moment c'est avec Joystick que la relation devient tendue, à cause d'une bourde de celui-ci. Ici encore, la séquence est très touchante. Guitares, nappes de synthés et piano lancinant. Un fond sonore incroyable pour une scène où la complicité des personnages est en danger. Le ton est parfait.

 

 

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Le reste du film est un pur bonheur auditif, visuel et onirique. Le tout se termine par un final d'une puissance évocatrice rare. Le stress est renforcé par un accompagnement musical ou l'on peut entendre des mécanismes d'horloge. Efficace et intelligent.

 

 

Une metaphore tellement belle, innocente et apaisante clôture le film, le thème de Jimi et Solo est repris une dernière fois, avec plus d'ambient, des petites envolées de piano. Le personnage accomplit sa quète, il est libéré. Le spectateur également, Salvatores lui offre l'apaisement sonore ultime, l'illumination auditive.


"Une minute Jimi, attend une minute... dis, quand tu m'auras effacé, qu'est ce que... qu'est ce que je vais devenir ?

- Un gentil flocon de neige qui tombe nulle part.

- Ah...Bon."

 

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Nirvana fait partie des plus grandes claques cinématographiques que j'ai pu prendre. Incompris par beaucoup de gens, qui attendaient de l'action ou un film plus terre à terre, il a néanmoins fédéré une petite communauté de fans qui ont su apprécier les qualités de ce film injustement méprisé. Un Jeux PC est également sorti en Italie (Je donne un bras à celui qui me le trouve).


J'ajoute que Christophe Lambert est, dans ce film, très très bon... oui. On parle souvent de son absence de jeu. Dans ce film, cette lacune est un atout. Il évolue dans un monde inconnu, détaché, il doit franchir les obstacles (ou niveaux) en recontrant des autres personnages (PNJ), fuire des assaillants (boss), pour effacer son jeu et dispatcher de l'argent (high score). Oui, le non jeu de Lambert fait naitre ces parenthèses, et apporte une troisème lecture à ce film.

 

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Cette scène est magique...

 

Ne vous en faites pas, cyberpunk oblige, il y a la scène du bar, avec son breakbeat de fou furieux n'ayant rien à envier à du Chemical Brothers ou du Prodigy de la période bénie des 90s.

 

 

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J'espère vous avoir donné envie de jeter un coup d'oeil à cette oeuvre vraiment singulière. Un film très important pour moi.

Vous pourrez écouter la bande original en intergralité ici.
 

 
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commentaires

Fran 23/06/2017 10:48

Merci Naima :)

Naima 01/07/2017 02:17

Et surtout, n'oubliez pas de goûter les rigatoni en sachets, parce que vous êtes ce que vous mangez

Fran 11/10/2014 15:30

Super film,

J’ai trouvé l’article en cherchant la bande son du film, ce qui est chose faite maintenant

Par contre sur la BS je crois qu’il manque une chanson celle de la séquence dans le camion de Naima, ça fait des années que je cherche le nom de cette chanson, quelque la connait ??

Merci :)

super article by the way

Naima 19/06/2017 03:52

C'est de NoFX : Scavenger Type dans l'album Punk In Drublic. là ç'est réglé
et reste toujours en mouvement