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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 19:08

http://cinemur-cdn.s3-eu-west-1.amazonaws.com/movies/cache/600x800_203816.jpgYEAH !! MOTHA FUCKA NIGGA, Django Unchained le dernier film du grand Quentin Tarantino est enfin sur nos écrans. On savait que le cinéphage fantasmait un western depuis belle lurette, Kill Bill Volume 2 était d'ailleurs un hommage plus qu'appuyé au genre. Mais après son vrai faux film de guerre, certains avaient relativement peur à l'annonce d'un Django Unchained qui serait plus un ramassis « pulp » de scène de saloon qu'un réel western.

Que nenni mes braves ! Django Unchained est une putain de tuerie. Et comme je ne lui trouve pas réellement de défaut - Les pisse froid me sortiront, sans doute, qu'il est trop long et les puritains pleureront face à la violence de certaines scènes mais qu'ils aillent au diable - je vais vous donner 5 bonnes raisons d'aller le voir.

Déjà ça vous fera un argumentaire lors de vos soirées mondaines et ça vous permettra de beugler sur votre belle-mere « Shut the fuck up bitch and go fuck yourself !» quand elle évoquera son attirance sans borne pour Plus Belle la Vie.

 

1. Pour la distribution absolument impeccable : Que ce soit Jamie Foxx qui campe un Django tantôt benêt tantôt sauvage, un Christophe Waltz cabotin au possible dans son personnage de dentiste chasseur de prime sans pitié mais hautement instruit ou Leonardo Dicaprio en richissime esclavagiste bon chic bon genre au sadisme sophistiqué, tous sont dirigés à la perfection. Les répliques font mouche et les personnages d'apparence caricaturale sont, en réalité, bien plus complexes qu'il n'y paraît dans leurs contradictions. A cela s'ajoute pléthore de seconds couteaux tous plus ou moins connus des habitués des films de Tarantino. Certains dans des rôles mineurs d'autres dans de simples apparitions mais le clin d'oeil est présent à chaque fois. Mention spéciale à Samuel L. Jackson qui signe là son meilleur rôle depuis longtemps grâce à son personnage hautement ambigu.

 

2. Pour la mise en scène élégante mais dynamique : On le sait, Tarantino aime le cinéma. Il connaît ses références et il sait tenir une caméra. Les cadrages sont inventifs et le bonhomme n'a pas son pareil pour rendre intéressant une discussion autour d'une table. S'aventurant parfois du coté « pulp » le film ose toujours à bon escient. Les filtres saturent lors de certains flashbacks et le petit zoom ou dézoom au moment opportun vient apporter une pointe de dynamisme au sein de cette élégance filmique. Enfin, il est bon de saluer l'excellence de la mise en scène lors des séquences d'action. La gestion de l'espace et la lisibilité des gunfights n'ont rien à envier à ceux de Sam Peckinpah. Le tout, rehaussé d'effusions gores sauvages et efficaces.

 

http://www.you-s.com/wp-content/uploads/2012/11/Leonardo-DiCaprio-dans-Django-Unchained.png

 

3. Pour un scénario bien malin et maîtrisé : Au fil du temps, la plume de Tarantino s'est affinée. C'était déjà son point fort dans les années 90 mais là on atteint une maîtrise rare. Débarrassé de ses subterfuges scénaristiques, Tarantino n'a plus besoin de déstructurer son récit pour le rendre intéressant. A l'inverse de Reservoir Dog ou Pulp Fiction la trame est linéaire et file d'une traite. Construit autour de trois grands actes, l'histoire est d'une simplicité bienvenue à l'heure ou les scénarios sont tarabiscoté au possible pour jouer les intelligents (Oui ! Nolan c'est de toi que je parle et de ton Batman Rises). Chaque séquence amène avec logique et réalisme vers les événements suivants et le tout s'enchaîne avec cohérence sans qu'aucun retournement de situation ne semble artificiel.

 

4. Pour sa bande-originale : Mêlant les grands noms du western de rigueur comme Luis Bacalov et Ennio Morricone avec des artistes plus contemporains la soundtrack se veut comme son film, un melting-pot de cultures et d'influences diverses. C'est sans doute la première fois que je peux entendre de la soul ou du hip-hop dans un western. En conviant des artistes comme 2Pac, James Brown et Elisa Toffoli, Tarantino renforce encore plus le propos de son film. Noir, Blanc, tout est mélangé avec harmonie et contribue à créer une atmosphère unique.

 

http://www.cineaddict.fr/wp-content/uploads/2012/10/django-unchained-christoph-waltz.jpg5. Pour l'ambiance proprement Tarantinesque : Même s'il s'agit de son film le plus engagé aujourd'hui, Tarantino n'oublie pas que le but premier du cinéma est de divertir. Et dans ce sens, il met le paquet. Véritable ascenseur émotionnel, Django se vit plus qu'il ne se regarde. Passant sans transition de scènes de violences inouïes et dérangeantes à l'humour totalement absurde, on est parfois choqué, parfois hilare. Oscillant constamment entre farce et fresque humaine, Tarantino nous invite à monter à bord de son grand huit et ne ménage pas son spectateur. A lui de s'adapter au rythme du récit et de se laisser porter par l'histoire et ses personnages.

 

Si après tout ça, vous ne vous êtes toujours pas rués dans votre cinéma le plus plus proche de chez vous afin de regarder le dernier Tarantino, je ne peux plus rien pour vous.

Pensez juste à votre futur progéniture qui vous demandera dans 20ans les yeux émerveillés, - comment c'était au cinéma Django Unchained ? Et que vous lui répondrez : 

« J'ai été con, j'ai boudé Tarantino, j'avais peur de la hype. »
Amèrement, vous regarderez son regard déçu et repenserez avec honte à mon article.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 14:00
Il y a Les Enfants du paradis, Metropolis, Citizen Kane ou encore Casablanca. Il y a aussi tous les autres, des films du patrimoine cinématographique mondial, peu connus, mais délectables à tous égards. C'est tout l'objectif de cette nouvelle rubrique "Raretés" que de mettre en lumière des oeuvres qui mériteraient davantage de considération.
 
http://i664.photobucket.com/albums/vv9/francomac123/Travail%20en%20cours/Travail%20par%20album/Guitry-1952-La%20vie%20d_un%20honnete%20homme/vie_honnete_homme-01.jpgEcrit et réalisé en 1952 par Sacha GuitryLa Vie d'un honnête homme nous conte l'histoire d'Albert Ménard-Lacoste riche industriel, autoritaire et avare, qui ne supporte plus son existence bourgeoise aux côtés de sa femme, de leurs deux enfants et de leurs cinq domestiques. Il reçoit un jour la visite de son frère jumeau, Alain, qu'il n'a pas vu depuis 30 ans. Ce frère est tout le contraire de lui : pauvre, voyou mais bon vivant et généreux de sa personne. Le lendemain, le premier rend à son tour visite au second dans un hôtel bon marché. C'est là que le sympathique luron meurt d'une crise cardiaque sous les yeux du chef d'entreprise. C'est l'occasion rêvée pour celui-ci de repartir à zéro : il échange ses habits avec ceux de son jumeau, se fait passer pour mort et "devient" son frère.
 
C'est une variation extrêmement plaisante sur le thème du double et du changement d'identité. Ici, c'est une nouvelle identité morale qu'acquiert Albert en devenant son frère. En disparaissant du point de vue de son entourage, il va pouvoir devenir un autre homme plus en adéquation avec celui qu'il aurait voulu être.
 
http://filmsdefrance.com/img/La_vie_d_un_honnete_homme_01.jpgIl y a de nombreux moments savoureux, notamment celui où Albert assiste à ses propres funérailles (puisque tout le monde croit que c'est lui qui est mort). Il lui est permis de constater l'hypocrisie des siens qui très vite après le choc de sa disparition, s'intéressent à son argent et à son coffre dont les lingots écrasent une poignée de lettres de femmes, rares témoignages des écarts de conduite qu'il aura menés médiocrement. Si on le voit au début du film peloter les seins de l'une de ses domestiques, tout ceci est bien maigre comparé à la vie débridée qu'aura vécue son frère qu'il envie intensément.

L'argent est un élément fondamental du film. S'il a pris le soin de rédiger un codicille à son testament où il "s'auto-lègue" son empire et qu'il conserve le même niveau social, c'est avec le caractère de son frère mort qu'il va désormais gérer ses usines. Car le moyen pour Albert de s'affranchir de l'image que les autres ont de lui et qu'il a de lui-même, c'est d'incarner son frère dans le prolongement de sa vie. Il y a comme une fusion entre les jumeaux. A la tête de l'usine, Albert se libère de son avarice en doublant le salaire des ouvriers et en accédant aux revendications des syndicats. A la maison, il devient agréable tant et si bien qu'après une période de méfiance à l'égard de celui que tous prennent pour un saltimbanque, sa famille se met à l'apprécier au point de faire renaître des élans amoureux chez son épouse, à la libido endormie. C'est un film où les règles sont transgressées uniquement sur les apparences : Albert ne vole personne, c'est de sa propre usine dont il se fait l'héritier et sa femme croit tromper la mémoire de son défunt mari en désirant... son mari.

http://image.toutlecine.com/photos/v/i/e/vie-d-un-honnete-homme-1953-tou--01-g.jpg

Les films de Sacha Guitry pêchent bien souvent par la faiblesse de leur mise en scène. Le grand homme de théâtre était loin d'être un grand cinéaste et si l'on retient certains de ses films, c'est avant tout pour la qualité de l'écriture et des comédiens. On a droit à une réalisation fonctionnelle, où la caméra fixe se contente de filmer du théâtre. Dans le cas de  La Vie d'un honnête homme, certains éléments de la mise en scène sont dictés par le contournement des contraintes liées au choix de faire jouer le rôle des deux frères par le même acteur. A une époque où la technologie permettait difficilement de faire apparaître le même acteur dans le champ sans recourir à des procédés trop voyants comme le split-screen ou autres collages, Guitry abuse des champs contre-champs lors des dialogues entre les deux frères. Cela fonctionne plutôt bien dans la mesure où cela marque, certes de manière manichéenne, l'opposition à tous les points de vue des deux frères. A deux reprises, Guitry fait une allusion indirecte à cette difficulté de les faire apparaître tous deux à l'écran : l'industriel précise à l'autre qu'il ne prend pas la peine de le raccompagner puis plus tard, c'est le pauvre homme qui dit à son frère qu'il ne lui serre pas la main car il ne se sent pas bien. Pourtant, il s'agit bien de cinéma ici dans la mesure où Guitry s'est servi de l'art cinématographique pour raconter une histoire à laquelle le théâtre imposait ses limites. En effet, il aurait été impossible de jouer au théâtre ce double rôle avec le même acteur se donnant la réplique. C'est tout le génie d'un artiste qui exploite les possibilités offertes par les différents moyens de narration dont il dispose.
 
http://www.cinemotions.com/data/films/0092/12/2/photo-La-Vie-d-un-honnete-homme-1952-3.jpgMichel Simon incarne le double rôle des frères avec le talent qu'on lui connaît et même au-delà. Parmi les rôles secondaires et notamment les domestiques, on se délecte de voir les tout jeunes Claude Gensac et Louis de Funès plusieurs années avant qu'ils crèvent l'écran.
 
Le film est d'une richesse impressionnante. Comme souvent chez Guitry, la comédie se double d'une étude brillante des conventions sociales, des classes et de la manière de s'en affranchir. On pourrait aussi revenir sur la distinction en arrière-plan entre l'honnête homme et l'homme honnête... A nous de populariser ce film !
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 00:51

L’adaptation tant attendue des aventures de Tintin par le duo Spielberg/Jackson a enfin livré son premier épisode. Alors que le film semble déjà consommé, passé aux oubliettes, écrasé par un film intouchable, Instant Critique se propose de jeter un œil modestement analytique sur cette production inspirée de l’œuvre d’Hergé.
Attention, beaucoup d’éléments de l’intrigue sont ici dévoilés.

Le Secret de la Licorne est un formidable divertissement, un film d’action et d’aventures trépidant, excitant, dans lequel on s’abandonne avec plaisir. Les cascades et les scènes spectaculaires s’avèrent remarquables et surtout très lisibles, ce qui est de plus en plus rare dans le cinéma tonitruant.

Ceci étant dit, c’est une adaptation moyenne de la bande-dessinée d’Hergé tant les trouvailles scénaristiques, certes malignes, déconcertent le connaisseur, à force d’aller-retours entre les albums Secret de la Licorne/Crabe aux pinces d’or et de libertés prises avec certains personnages, éléments de l’histoire, situations, etc…

Le film commence bien avec un début fidèle au Secret de la Licorne où Tintin repère la réplique d’un bateau sur le marché d’une ville européenne où sévit un pickpocket pourchassé par les Dupont/d. Mais au bout de 15 minutes de film, Tintin se retrouve déjà à Moulinsart alors que ce château a une importance considérable dans l’œuvre et qu’il est ici introduit de façon banale, comme un lieu d’action lambda. Ensuite, lorsque Barnabé se fait descendre à la porte de Tintin, au lieu de désigner du doigt des moineaux sur le trottoir dans son dernier soupir en référence aux frères Loiseau, les véritables propriétaires de Moulinsart qui n’existent pas du tout dans le film, il montre des lettres dans un journal pour former le mot « Karaboudjan ». Direction : Le Crabe aux pinces d’Or ! La transition est ingénieuse mais assez frustrante pour un grand amateur de la bande-dessinée. D’autant plus que l’on sait bien que cela est fait à des fins de complaisance commerciale. Cela permet de présenter le personnage du capitaine Haddock pour un public américain qui ne connait déjà pas Tintin.

 


Par la suite, on a droit au mélange de deux scènes simultanées. L’action du Secret… où Haddock fait le récit des exploits de son ancêtre le Chevalier François de Hadoque se déroule ainsi dans le décor saharien du Crabe... Cette scène qui se produisait dans un appartement culminait par un coup d’épée dévastateur de Haddock dans le tableau représentant son aïeul au terme d’une dithyrambe pleine d’humour et de fureur. Là, en plein désert, on y croit moyennement.
On a également droit à des facilités Hollywoodiennes dans le choix de faire du personnage de Sakharine, le descendant de Rackham le Rouge ! Sachant que le capitaine Haddock, Archibald de son prénom, est le descendant du chevalier François de Hadoque, on voit vite les ficelles qui nous conduisent à une histoire rabâchée de vengeance et d’affrontement par-delà les siècles.

Même la fin totalement remaniée est une déception dans la mesure où le film met en scène l’épilogue de la BD de Rackham le Rouge. Le trésor est donc déjà trouvé et ce capharnaüm scénaristique laisse craindre que les scènes sous-marines espérées pour ce film nous soient proposées dans le suivant, avec à la clé pourquoi pas la découverte du sceptre d’Ottokar par 4 000 mètres de fond !

Au rayon épouvante, cela paraissait incroyable mais ils l’ont fait : le spectateur est bien gratifié des traditionnels rots chers aux blockbusters d’animation ! L’un de Milou et l’autre d’un Haddock tellement alcoolisé que son éructation dans le réservoir d’un avion au bord de la panne d’essence permet de relancer le moteur de l’appareil… Cela relève typiquement de l’humour ricain de très bas étage et n’appartient certainement pas au monde d’Hergé. Et si la BD comporte bien quelques « burp », ils posent la question de la manière d’adapter des onomatopées.

Quelques bonnes idées :

Heureusement, il y a tout de même quelques bonnes idées et curieusement, les meilleures se comptent dans ce qui relève de la pure invention. Elles ne proviennent d’aucun album mais pourraient s’y trouver tant elles respectent l’esprit de l’œuvre d’Hergé. Par exemple, si l’apparition de la Castafiore dans le désert du Crabe… chez Omar Ben Salaad semble incongrue et anachronique, cette trouvaille d’utiliser le chant de la diva pour faire éclater une vitre pare-balle afin d’y dérober ce qu’il y a derrière s’avère assez géniale. C’est le genre d’idée qu’aurait pu avoir Hergé.



Il y a une autre scène assez formidable après le crash de l’avion dans le désert. Tintin est éjecté de l’avion, couché sur la partie avant et manque de se faire décapiter par l’hélice encore tourbillonnante. Haddock le retient de toutes ses forces mais Tintin voit sa houpette légèrement taillée par l’hélice, comme un petit coup de ciseau. La houpette de Tintin n’est jamais mentionnée dans les albums. Jamais il n’y est fait allusion et hormis les fois où Tintin est dans l’eau, elle est toujours fièrement dressée. Pourtant, c’est un élément crucial de l’identité de Tintin. Son ombre seule suffit à identifier le personnage et elle est dans toutes les conversations des tintinophiles et tintinologues. Or dans cette scène, il manque de se la faire couper, voire de se faire décapiter, ce qui revient à peu près au même car sans sa houpette, Tintin n’est plus Tintin. C’est une forme de métonymie où la partie désigne le tout. Amputez la partie et le tout n’existe plus. Ce jeu sur cet élément symbolique du personnage est très intéressant. A noter que mon choix de mots tendancieux n’est pas innocent et fait référence à la polémique initiée par certains analystes qui se sont plu à pousser l’étude de l’œuvre littéraire jusqu’à la sexualité d’un Tintin qui s’incarnerait dans son environnement. Si l’on regarde dans cette direction, on peut s’interroger sur les intentions de satisfaire avec cette scène les ambigüités suggestives évoquées par ces études qui influencent nécessairement la lecture que l’on fait de l’œuvre. Ainsi, si l’on voit la mèche de Tintin comme un fétiche, le caractère érotique d’une scène dans laquelle Tintin voit sa mèche touchée, effleurée est évident. Mais quand ce fétiche frôle l’amputation, c’est à la fois la remise en question de sa virilité et la négation même du personnage. Tintin frôle la mort physique dans le film et la mort métaphorique dans notre réalité. Une belle façon de rendre hommage à toutes les fois où Tintin s’est retrouvé en danger de mort, jusque dans l’ultime case de l’album inachevé Tintin et l’Alph-Art. De là à parler d’une démarche volontaire de Spielberg et de son équipe…

Ainsi, malgré les regrets liés à un scénario aux allures de compilation, quoique astucieux dans son organisation, Le Secret de la licorne est la promesse d’un spectacle très sympathique et agréable. Visuellement le film tient la route et les comédiens incarnent honnêtement les différents personnages, bien que Haddock soit beaucoup moins amusant que dans la BD. Quoi qu’il en soit, c’est une invitation à découvrir plus abondamment l’univers d’Hergé et le film a le mérite de mettre en lumière une nouvelle fois cette œuvre à transmettre à travers les âges.

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 14:17

Cet été, plus que jamais, une avalanche de médiocrité s’est abattue dans les salles françaises. Des productions américaines lamentables faites par des créateurs peu inspirés ont monopolisé les écrans pour le plus grand bonheur d’un public facile et peu exigeant qui se laisse bercer dans une nullité désormais conventionnelle. Ainsi depuis mai, on aura eu droit à des suites (Kung Fu Panda 2, Very Bad Trip 2), des suites de suites (Fast and Furious 5, Transformers 3, Harry Potter 8, Pirates des Caraïbes 4, etc…), des comédies stupides (M. Popper et ses pingouins, Bad Teacher) et une ignominie : Les Schtroumpfs (en 3D bien sûr pour avoir tous les attributs de la grosse bouse).

 

Sick...

 

Pour rappel, un Schtroumpf, cela ressemble à ça :

 

Version Peyo

 

Pour rappel, le Schtroumpf vit à une époque indéfinie, possiblement le Moyen-âge et dans un lieu tenu secret. La simple idée de les faire débarquer à New York annonce l’indigence du produit. On voit bien la démarche qui consiste à s’approprier les personnages afin que l’américain moyen et surtout l’enfant américain moyen ne sachent surtout pas que les Schtroumpfs sont le fruit d’une création européenne. D’ailleurs c’est bien connu, en dehors des Etats-Unis, il n’existe rien ! Il est intéressant de noter qu’à l’heure où l’Amérique perd pied en tant que puissance économique et devra un jour céder sa place de leader à la Chine, elle conservera sans aucun doute sa capacité à s’imposer comme premier référent culturel mondial. En effet, on voit mal une industrie du divertissement (cinéma, séries télé, musique) se développer de manière suffisamment forte en Chine ou n’importe où ailleurs pouvant faire vaciller l’hégémonie culturelle américaine. Donc les Schtroumpfs déboulent à New York.

 

Brochette de Schtroumpfs

 

Pour rappel, Les Schtroumpfs, création génialissime de Peyo, c’est autre chose qu’une enfilade de gags crétins et vulgaires. Il y a même dans la plupart des albums un contenu politique et socio-analytique sidérant pour une œuvre destinée en priorité aux enfants. Ainsi du Schtroumpfissime, album numéro 2, l’un des meilleurs, dans lequel les Schtroumpfs, en l’absence du grand Schtroumpf élisent parmi eux un remplaçant dont l’ivresse du pouvoir va le conduire à imposer au village une dictature. Ainsi également de Schtroumpf vert et vert Schtroumpf (n°9) où les Schtroumpfs du Nord s’opposent violemment aux Schtroumpfs du Sud dans un village coupé en deux. Pas facile d’y voir à 8-10 ans, une métaphore de l’Allemagne d’avant 1989… De même, dans chaque album, on retrouve une étude des vices et des travers de l’homme avec un village servant de laboratoire de la psychologie. En confrontant les Schtroumpfs à toutes sortes de situations, Peyo montrait dans cette micro-société, les mécanismes des rapports humains, les phénomènes de masse, tout comme la variété de comportements individuels face à une même difficulté.


GargamelOn est donc loin des hurlements et des gags grossiers de ce film. Je n’ose imaginer le désastre cérébral pour un très jeune enfant qui découvre les Schtroumpfs par le biais de ce machin. Comment ne pas être déconcerté ensuite par la lecture de la véritable œuvre ? Profitant de la notoriété légitime de la bande-dessinée, ce film honteux a bien démarré aux Etats-Unis tout comme en France. Si les parents sont criminels d’emmener leurs enfants voir ça, les vrais coupables sont à pointer du côté des ayants droit pour avoir autorisé pareil carnage.

 

Peyo doit se retourner dans sa Schtroumpf.

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